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Le nouveau CD de Ligeriana se présente comme un imposant souffle d'air frais.

Habitués que nous sommes aux enregistrements de musique du Moyen Âge à chaque fois plus spectaculaires et dans le même temps plus éloignés de la réalité (ce qui semble importer fort peu à d'aucuns interprètes), le nouveau CD de Ligeriana se présente comme un imposant souffle d'air frais et une leçon entière de musicologie médiévale et de savoir-faire. Les Carmina Carolingiana incluent sept fragments musicaux, quasiment tous du IXème siècle, quoique avec quelques nuances.

Il n'est pas question des fragments liturgiques en usage, mais plutôt de pièces qui appartiennent à cet extraordinaire répertoire poétique en latin constitué de versus, de planctus, d'élégies et de chants amateurs qui fleurissait dans les principaux monastères de l'Empire carolingien dès le milieu du XIe siècle.

Le premier de ces trois manuscrits s'avère particulièrement important pour ce qui concerne la musique de par la présence de neumes (signes musicaux) permettant l'interprétation de la plus grande partie de son répertoire. Il ne faut pas oublier qu'en Occident, le système de notation neumatique est le fruit de ce qu'on désigne la Renaissance carolingienne. Un simple coup d'œil sur le contenu de ce manuscrit laisse entrevoir la difficulté pour ressusciter un répertoire réduit à quelques neumes épars sur un texte étant donné que ce qu'elles indiquent n'est que la hauteur relative des sons accompagnant la première strophe, et pas beaucoup plus.
Il est évident qu'un répertoire composé de ces caractéristiques repose sur la force du vers, et par son biais, de la parole. Mais si l'on veut chanter le vers, il convient de le revigorer, et c'est là qu'est mis en évidence le savoir ou le non-savoir, la connaissance ou l'ignorance de ce qu'on tient entre les mains et le profond respect ou la faute commise à son endroit en vue de faire revivre un patrimoine unique de la main de ses interprètes, et non le contraire, comme cela se produit si souvent. C'est de cela qu'est responsable Katia Caré, celle qui a sélectionné, transcrit et adapté ce répertoire, auquel donne vie un narrateur, un psalmiste et un ensemble vocal qui s'accompagnent d'une sélection d'instruments interprétés par eux-mêmes (flûtes, lires, citole, organistrum°.


Medievalia revue de l'Université autonome de Barcelone
Maricarmen Gómez Muntañé.