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Musique carolingienne au musée de Cluny
L'ensemble Ligeriana a fait revivre, au musée national du Moyen-Âge à Paris, des chants épiques du temps de Charlemagne. Une Renaissance carolingienne? Certes, le mot n'est pas usurpé, s'agissant d'œuvres rédigées en latin, mais étrangères pour la plupart au domaine liturgique et méritant d'être relues à leur propre lumière.
Donc Renaissance il y a ici, dès la fin du 8e siècle. Une renaissance qui fut le fait des clercs et moines missionnés par Charlemagne et ses successeurs pour la conservation et la diffusion des oeuvres de l'Antiquité latine. Comme l'a écrit Guy Lobrichon, fin exégète desdits documents, les savants de ce temps lisaient et recopiaient : Virgile, Ovide, Horace et Térence, stimulés d'abord par l'environnement studieux de l'époque.
Tel quel, le 9e siècle brille dans l'histoire de la création artistique, qui sut donner une impulsion éminemment favorable à la naissance d'une culture spécifiquement occidentale. Avec lui, un nouvel humanisme s'est développé, enfin libéré d'un orientalisme byzantin coupable de faire écran entre l'ancienne et la nouvelle latinité.
C'est à l'ensemble Ligeriana conduit par Katia Caré, familière de ce répertoire des commencements, qu'a été confiée cette exhumation qui met en scène essentiellement des événements et personnages se rapportant à l'Empire carolingien: avec, entre autres, la Lamentation sur la mort de Charlemagne(Incipit planctus Karoli) ou l'incendie de l'abbaye de Saint-Florent comme temps forts de l'évocation, notation neumatique à l'appui (un disque, "Carmina carolingiana", paru chez Ligia en porte également témoignage).
Sans poursuivre, on saluera ici un patient travail de médiévistes et le rare savoir-faire des interprètes, du timbre fervent de Pierre Bourhis et de Guillaume Edé au chant ailé des trois dames.

La Lettre du Musicien, Roger Tellart (juin 2013)